Pour des millions d’Africains, obtenir un prêt reste souvent un parcours du combattant. Pas d’historique bancaire, pas de garantie, parfois même pas de compte en banque. Pourtant, un objet est presque toujours présent dans leur poche : le smartphone. Fido Money, la fintech ghanéenne mise précisément sur cette réalité.
Fondée en 2014 par Nadav Topolski, Tomer Edry et Nir Zepkowit, la start-up s’est donné une mission simple. Permettre à des particuliers et à des petites entreprises d’obtenir un crédit instantané. Et ce, sans passer par les procédures lourdes des banques traditionnelles. Le principe est simple. Après avoir téléchargé l’application Fido, l’utilisateur peut vérifier son identité, faire analyser son profil et recevoir un prêt directement sur son portefeuille mobile money en quelques minutes.
Tout le processus est entièrement digital. Il n’y a aucune garantie, aucun document papier ni aucune visite en agence requise. La plateforme propose aujourd’hui des prêts numériques, mais aussi des services d’épargne et de micro-assurance accessibles depuis le mobile. Cette approche répond à une réalité du continent : une grande partie de la population active travaille dans l’économie informelle. Elle ne dispose donc pas d’historique de crédit auprès des banques.
Fido Score, l’algorithme qui remplace le banquier
Au cœur du modèle de Fido se trouve un moteur d’analyse baptisé Fido Score. Cet algorithme s’appuie sur l’intelligence artificielle pour évaluer la solvabilité d’un emprunteur à partir de données alternatives : utilisation du téléphone, comportements transactionnels ou activité numérique.
L’objectif est de construire un profil de risque même pour des utilisateurs qui n’ont jamais contracté de crédit auparavant. Grâce à ce système, la fintech peut prendre des décisions de prêt en quelques minutes. Cette technologie permet notamment de financer ce que certains investisseurs appellent le « missing middle » africain : des micro-entrepreneurs et petites entreprises souvent trop petits pour les banques, mais trop grands pour les microcrédits traditionnels.
L’entreprise opère aujourd’hui principalement au Ghana et en Ouganda. Deux marchés où la demande pour les prêts numériques est en forte croissance. Pour soutenir cette expansion, Fido a récemment levé 5,5 millions de dollars. Ce financement sous forme de dette a été levé auprès du fonds d’investissement Regional MSME Investment Fund for Sub-Saharan Africa. Un capital géré par l’investisseur suisse Symbiotics. Avec ce fonds, la fintech compte augmenter son portefeuille de prêts, améliorer son infrastructure et se développer davantage.
Depuis sa création, l’entreprise affirme avoir déjà distribué plusieurs centaines de millions de dollars de crédits à plus d’un million d’utilisateurs. Unelarge proportion de son portefeuille étant composé de petites entreprises et de travailleurs à faibles revenus. Dans cette nouvelle économie, le smartphone devient ainsi bien plus qu’un simple outil de communication. Il se transforme progressivement en porte d’entrée vers le crédit, l’épargne et les services financiers numériques. Et pour des millions d’entrepreneurs africains, cette révolution pourrait bien être la clé d’un accès au financement longtemps hors de portée.
