Accueil Actualité ZLECAf : Comment « B’Odogwu » transforme les douanes au Nigeria

ZLECAf : Comment « B’Odogwu » transforme les douanes au Nigeria

Nabil Mustapha, responsable du développement logiciel chez TMP (debout devant l'écran), donnant des précisions sur la plateforme B'Odogwu aux visiteurs lors du Biashara Afrika 2026 à Lomé

La Zone de Libre Echange Continentale africaine (ZLECAf) a tenu à Lomé, la 3e édition de son forum dénommé Biashara Afrika 2026 du 18 au 20 mai 2026. Outre les plénières et conférences, les participants issus des divers pays ont exposé leurs innovations et solutions qui entrent dans le contexte du marché unique africain. 

Au milieu des stands et rencontres, une plateforme nigériane attire particulièrement l’attention : B’Odogwu. Derrière ce nom se cache un vaste projet de modernisation des douanes du Nigeria qui ambitionne désormais de dépasser les frontières nationales pour accompagner l’intégration commerciale africaine.

Le projet est porté par Trade Modernisation Project (TMP) Limited, filiale de l’entreprise nigériane Bergmans Security Consultant and Supplies Limited (BSCS). Lancé en septembre 2022, il s’inscrit dans une concession de 20 ans conclue avec le Nigeria Customs Service (NCS). Son objectif : numériser et automatiser les procédures douanières afin de réduire les lenteurs administratives et fluidifier le commerce.

Les premiers résultats avancés par le projet donnent déjà une idée de son ampleur. La plateforme B’Odogwu a permis de collecter 5 milliards de dollars de recettes en moins de 12 mois. Elle compte également plus de 23 000 utilisateurs actifs. Dans certains postes douaniers, les délais de dédouanement sont passés de plusieurs jours à quelques heures. Elle intègre également 61 transporteurs, 470 terminaux, 37 banques agréées et 10 agences gouvernementales partenaires.

B’odogwu, faire migrer les procédures du papier à l’automatisation

Avant le déploiement de B’Odogwu, le Nigeria faisait face à des difficultés classiques connues des douanes africaines. Lenteurs administratives, erreurs de classification des marchandises, duplication des procédures et manque de visibilité sur les documents de dédouanement. Un schéma  lourd de conséquences.

« Au Nigeria, nous avons commencé par identifier les difficultés rencontrées par les importateurs, comprendre les flux de travail et déterminer les causes des retards. », explique Nabil Mustapha, responsable du développement logiciel chez TMP, rencontré à Lomé par Techs.tg. Selon lui, plusieurs dysfonctionnements ralentissaient considérablement les opérations douanières. « Nous avons constaté des problèmes de classification erronée et d’ambiguïté quant à la localisation des documents », précise-t-il.

Pour y répondre, le projet a misé sur une approche centrée sur la simplification des procédures. Les multiples soumissions de documents ont été réduites et un outil basé sur l’intelligence artificielle a été intégré afin d’aider les déclarants à fournir les bonnes informations. « Nous avons optimisé ces processus afin de simplifier au maximum les démarches des importateurs », affirme Nabil Mustapha.

Le système intègre également une évaluation intelligente des risques permettant d’identifier rapidement les cargaisons sensibles. Tandis que des minuteurs et un mécanisme de gestion automatisée des files d’attente garantissent un traitement chronologique des déclarations. Résultat : certaines opérations qui nécessitaient auparavant jusqu’à sept jours peuvent désormais être réalisées en seulement quelques heures.

Le choix d’une solution “home-grown”, développée au Nigeria 

Au-delà de la performance technologique, Bergmans insiste sur un autre aspect du projet : le choix d’une solution conçue localement. En effet, B’Odogwu est présenté comme un système “home-grown” (fait-maison), développé conjointement avec les autorités douanières nigérianes. Pour ses concepteurs, cette approche permet d’éviter les limites souvent associées aux solutions importées.

« Le Nigerian Customs Service (NCS) était prisonnier d’une solution toute faite qu’il utilisait auparavant. Le manque de flexibilité l’obligeait à utiliser un système qui ne répondait pas à ses attentes », estime Nabil Mustapha.

Selon lui, le projet ne se limite pas à la mise en place d’un logiciel. Il repose aussi sur un transfert progressif de compétences vers les acteurs locaux. « L’objectif de Bergmans est de développer, maintenir et transférer le système. », explique-t-il, ajoutant que les agents douaniers ont été directement impliqués dans le développement de la plateforme.

Cette logique d’appropriation locale s’accompagne d’un important volet de formation. Plus de 20 000 personnes ont été formées via 56 programmes de formation, selon les chiffres communiqués par TMP. Les formations concernent aussi bien les agents douaniers que les banques, importateurs, opérateurs portuaires ou compagnies maritimes.

Une infrastructure numérique pensée pour le commerce africain

Le projet ne se limite pas à un logiciel de dédouanement. TMP affirme avoir déployé une infrastructure numérique nationale comprenant plus de 1 000 kilomètres de fibre optique, trois centres de données de niveau Tier-4 ainsi qu’un système intégré de scanners et de suivi électronique des cargaisons. 

L’objectif est de permettre des échanges de données en temps réel entre les différents acteurs de la chaîne logistique et douanière. « nous voulons encourager le développement de solutions qui nous soient bénéfiques en tant que nation.», a relevé M. Mustapha. Le système électronique de suivi des marchandises couvre notamment les ports maritimes nigérians, plusieurs corridors routiers stratégiques et des zones franches commerciales afin de limiter les détournements de cargaisons, la contrebande et les pertes de recettes.

B’Odogwu, au coeur dune ambition désormais continentale avec la ZLECAf

Mais la présence de Bergmans au Biashara Afrika 2026 montre que le projet dépasse désormais le cadre nigérian. L’entreprise affirme être en discussion avec le secrétariat de la ZLECAf en vue d’une harmonisation des systèmes douaniers africains. « La plupart des problèmes évoqués lors de cette conférence peuvent être résolus par la numérisation », soutient Nabil Mustapha. Pour lui, l’enjeu principal réside désormais dans l’interopérabilité entre les plateformes nationales déjà existantes. « Nous nous efforçons d’identifier les points d’intégration essentiels et de nous concentrer sur l’essentiel. Pas de sur-ingénierie : nous fournissons ce que l’utilisateur final souhaite », explique-t-il.

TMP indique ainsi travailler sur une solution capable de faciliter le partage de données entre administrations douanières africaines, d’harmoniser certains processus et de simplifier les échanges transfrontaliers dans le cadre de la ZLECAf. « À l’échelle continentale, nous rassemblons les nations africaines sous une même bannière. Celles qui disposent déjà de systèmes pourront les intégrer pour partager des données. Et nous aiderons gratuitement celles qui n’en ont pas à en développer un. », affirme le responsable logiciel de TMP.

Toutefois, le projet est pour l’heure, au stade des discussions avec le secrétariat de la ZLECAf. Mais l’ambition affichée est de créer une architecture numérique capable de connecter progressivement les administrations douanières du continent. « (…) lorsque nous serons prêts pour le projet pilote, nous nous appuierons sur le secrétariat pour réunir tous les pays africains et avancer ensemble. L’objectif est de ne laisser personne de côté et de progresser collectivement », soutient-il 

Cette vision s’inscrit dans l’implémentation de l’Annexe 3 de l’accord ZLECAf, qui prévoit l’harmonisation des processus douaniers continentaux. Le système proposé facilitera les déclarations, le partage de données entre pays, et la validation des processus réglementaires.

 Les frontières africaines entrent dans l’ère du numérique

Au-delà des questions technologiques, TMP reconnaît cependant que la modernisation des douanes implique aussi d’importants défis organisationnels. « Le principal défi consiste à s’accorder sur un processus. Les gens sont naturellement réticents au changement », reconnaît Nabil Mustapha.

Pour faciliter cette transition, TMP affirme avoir misé sur une approche flexible combinant des interfaces simplifiées pour les utilisateurs classiques et des API destinées aux équipes techniques. « Dans notre système unifié de gestion douanière B’Odogwu, nous proposons deux options à la plupart des parties prenantes : des API pour les experts techniques et des interfaces utilisateur intuitives pour les autres », explique-t-il.   L’entreprise affirme également avoir assuré gratuitement des formations et assistances techniques afin d’accélérer l’adoption du système par les différentes parties prenantes. 

À Lomé, les discussions autour de la ZLECAf dépassent désormais les accords commerciaux ou les ambitions politiques. Avec des projets comme B’Odogwu, l’intégration africaine commence désormais à se jouer aussi dans les centres de données, les plateformes numériques et les systèmes douaniers interconnectés. Et la présence de Bergmans au Biashara Afrika 2026 démontre que la transformation numérique des frontières africaines devient progressivement un enjeu central de l’intégration économique du continent. Comme énoncé dans l’article 2 du Protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf, adopté en 2024.  

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