Portés par le numérique, de plus en plus de médias africains ambitionnent de dépasser leurs frontières nationales. Rebranding, mobile, SEO et plateformes de réseaux sociaux deviennent des passerelles pour toucher un public mondial. L’exemple récent d’Alexa News Network, au Nigeria, illustre cette dynamique en pleine accélération.
Pendant longtemps, l’information africaine destinée à l’international a été largement racontée par des médias étrangers. Aujourd’hui, cette réalité évolue. Grâce au numérique, des médias africains, nés pour la plupart en ligne, cherchent désormais à s’adresser directement à un public mondial. Et ce, sans passer par les circuits traditionnels de diffusion.
Sites web, réseaux sociaux, applications mobiles, podcasts ou vidéos en ligne ont profondément réduit les barrières à l’entrée. Un média peut désormais publier, distribuer et monétiser ses contenus à l’échelle internationale sans disposer d’un réseau de diffusion physique ou de lourdes infrastructures. Plusieurs médias au Togo, par exemple, ont pris d’assaut les réseaux sociaux comme TikTok. Ainsi, outre le format textuel : reportages, articles, interviews qu’ils proposent, ces médias se lancent dans la diffusion de récaps ou vidéos courtes informatives. Objectif : toucher le public au-delà des frontières et directement là où il se trouve.
Cette transformation s’inscrit dans un contexte favorable, en Afrique notamment. En effet, la hausse de la pénétration d’Internet, l’explosion de l’usage du smartphone et la consommation croissante de l’actualité via les plateformes numériques, y compris au sein de la diaspora africaine ont imposé un changement de paradigme. Faire en sorte que l’information parvienne à l’individu, au lieu d’attendre que l’individu aille la chercher.
Pour de nombreux médias africains, l’internationalisation ne signifie plus seulement d’être repris par des agences étrangères. Elle passe par une stratégie dite “digital-first”, pensée dès la conception des contenus. Cela se traduit par plusieurs adaptations. Les formats sont adaptés au web et aux réseaux sociaux. Le référencement via les balises SEO est scruté au peigne fin. Les contenus multimédias sont désormais accessibles sur mobile. Certains médias, bien que spécialisés, élargissent parfois leur ligne éditoriale aux enjeux régionaux et mondiaux. L’objectif étant d’exister dans l’espace informationnel global, tout en proposant une lecture ancrée dans les réalités africaines
Alexa News Network, un cas illustratif d’Afrique de l’Ouest
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le récent repositionnement d’Alexa News Nigeria, devenu Alexa News Network. Basée au Nigeria, la plateforme a annoncé vouloir élargir son audience au-delà de son marché national et renforcer sa couverture internationale. « (…) face à l’interconnexion croissante du monde, nous avons compris que notre audience ne se limite pas au Nigéria. Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle ère sous le nom d’Alexa News Network, (…) » a déclaré Jokpeme Joseph Omode, PDG d’Alexa News Network.
Le projet repose sur trois piliers. D’abord, le renforcement de sa présence numérique. Ensuite, le développement des contenus multimédias. Enfin, l’ambition de collaborer avec des partenaires internationaux. Cette initiative, loin d’être un cas isolé, démontre une volonté croissante de médias ouest-africains de se projeter à l’échelle mondiale. Et ce, en s’appuyant principalement sur les outils numériques.
Face à des géants comme CNN, BBC ou Al Jazeera, les médias africains ne peuvent rivaliser sur le volume ou les moyens. Leur principal atout réside ailleurs : la perspective. De plus en plus de plateformes africaines revendiquent une approche différente. Désormais, elles mettent en avant les dynamiques économiques locales, l’innovation technologique sur le continent, les enjeux sociaux et environnementaux vus depuis l’Afrique, et des récits qui dépassent les clichés souvent véhiculés à l’international.
Les défis liés à l’internationalisation via le numérique
Cette approche répond à une demande croissante pour des analyses plus nuancées. Notamment sur des sujets comme le climat, la technologie, l’entrepreneuriat ou les politiques publiques africaines. Quoique, les défis sont encore bien réels. Les médias africains doivent composer avec : des modèles économiques fragiles, une forte concurrence pour l’attention en ligne, la dépendance aux plateformes sociales, et la nécessité de maintenir des standards élevés de crédibilité et de vérification de l’information. À cela s’ajoute la question des ressources humaines et techniques, indispensables pour produire des contenus réguliers, multilingues et adaptés à des audiences diverses.
Malgré ces défis, les initiatives numériques africaines à vocation internationale se multiplient. Ce schéma illustre le fait que le continent ne se contente plus d’être un sujet d’actualité. Il devient producteur et diffuseur de récits globaux. Des projets comme celui d’Alexa News Network démontrent que l’internationalisation des médias africains passe désormais par le web, le mobile et les algorithmes. À terme, cette dynamique pourrait contribuer à rééquilibrer l’espace médiatique mondial, en donnant davantage de visibilité aux voix africaines et en diversifiant les regards portés sur les enjeux internationaux.
