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Digitalisation bancaire au Togo : un choix entre rentabilité et inclusion numérique ?

Digitalisation bancaire au Togo : un choix entre rentabilité et inclusion numérique ?
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Au Togo, Orabank, filiale d’Oragroup a annoncé la fermeture de plusieurs agences à Lomé et à l’intérieur du pays. Cette annonce relance le débat sur la digitalisation bancaire en Afrique. Présentée comme une adaptation aux nouveaux usages, cette stratégie soulève toutefois des inquiétudes en matière d’inclusion financière. Et ce, notamment dans les zones rurales voire peu connectées.

En effet, à compter du 28 février 2026, Orabank Togo mettra fin aux activités de plusieurs agences de proximité. Les agences mentionnées dans les communiqués publiés le 7 janvier 2026 sur ses réseaux sociaux sont celles de Mango, Assahoun, Kégué et du Boulevard des Armées. La banque invite les clients concernés à se tourner désormais vers des «KEAZ Spot» pour effectuer leurs opérations courantes.

Pour la banque, cette décision s’inscrit dans une dynamique de rationalisation des réseaux bancaires physiques. Déjà en mars 2025, Orabank avait fermé deux agences à Lomé et Sotoboua. Un scénario similaire s’était déroulé en 2023. Mais cette dernière annonce a suscité une réaction de la Ligue des Consommateurs du Togo (LCT). Dans une déclaration rendue publique le 13 janvier 2026, l’organisation exprime sa « vive inquiétude » face à ce qu’elle considère comme un recul de l’accessibilité bancaire pour certaines catégories de clients.

Digitalisation bancaire : entre logique économique et transition numérique inégale 

Dans le secteur bancaire, la réduction du nombre d’agences physiques est souvent justifiée par des considérations économiques. Le maintien d’un réseau dense implique des coûts élevés : personnel, sécurité, énergie, maintenance des infrastructures et équipements etc.

À l’inverse, les canaux digitaux et les réseaux d’agents partenaires permettent aux banques de réduire leurs charges tout en maintenant une présence territoriale. On observe cette évolution dans plusieurs pays africains, où la banque mobile et les agents bancaires jouent un rôle croissant dans la distribution des services financiers.

Dans ce contexte, la digitalisation apparaît de plus en plus comme un levier de rentabilité. Voire une condition de survie pour certains établissements confrontés à une forte concurrence et à des marges qui s’amenuisent.

La LCT met toutefois en lumière les fragilités de cette transition. Et surtout lorsqu’elle s’opère sans accompagnement suffisant et parfois même au détriment des populations. Selon l’organisation, une partie importante des clients concernés, notamment à Mango et Assahoun, n’est pas familière avec les outils numériques ou les plateformes de type KEAZ.

L’organisation pointe également du doigt la question de l’accessibilité géographique. À titre d’exemple, des fonctionnaires exerçant le long de la RN5 doivent désormais se rendre jusqu’à Kpalimé pour accéder à des points KEAZ. Et ce, y compris pour des opérations de base comme les dépôts ou les retraits.

À cela s’ajoutent des plaintes récurrentes sur le dysfonctionnement des plateformes numériques et les pannes fréquentes des guichets automatiques. Une somme de désagréments qui fragilisent la continuité du service. D’après la LCT, si les agents bancaires et les guichets automatiques permettent de répondre à certains besoins courants, ils ne remplacent pas l’expertise d’un conseiller bancaire. Ceci est notamment vérifié pour les opérations complexes, les réclamations ou l’accompagnement personnalisé.

Un enjeu d’inclusion financière et de cohérence avec le discours public

La LCT souligne que cette substitution progressive crée un sentiment d’abandon. En particulier chez les usagers ruraux ou peu à l’aise avec le numérique. Une situation qui interroge la capacité du modèle actuel à concilier efficacité économique et qualité de service.

Cette évolution intervient alors que les pouvoirs publics togolais multiplient les initiatives pour améliorer le taux de bancarisation. Pour la LCT, il existe un risque de contradiction entre ces objectifs et la réduction de la présence physique des banques dans certaines localités.

Il est clair que la digitalisation bancaire est inévitable. Mais, elle pose ainsi une question centrale : peut-elle être pensée uniquement comme un outil d’optimisation financière ? Ou doit-elle intégrer des mécanismes de compensation pour éviter l’exclusion des publics les plus vulnérables ?

Le cas d’Orabank Togo illustre un dilemme auquel sont confrontées de nombreuses banques africaines. La transformation numérique est devenue un impératif stratégique. Mais son déploiement reste étroitement lié à la maturité des infrastructures, au niveau de littératie numérique et à la confiance des usagers.

Sans investissements complémentaires en formation, en fiabilité technique et en accompagnement client, la digitalisation pourrait accentuer les inégalités d’accès aux services financiers, au lieu de les réduire.

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