Un nom réel, une photo générée par intelligence artificielle, un faux numéro de téléphone et quelques données personnelles volées suffisent aujourd’hui pour fabriquer une identité numérique crédible. Ces profils, d’un nouveau genre portent le nom d’identités synthétiques. Et ils deviennent l’une des armes privilégiées des cybercriminels.
INTERPOL alerte sur cette évolution dans son rapport 2026 sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique. Les fraudeurs ne se contentent plus de voler l’identité complète d’une personne. Ils combinent désormais des informations authentiques avec des données inventées afin de créer un individu qui n’existe pas réellement. Ces faux profils peuvent ensuite servir à ouvrir des comptes bancaires, demander des prêts ou enregistrer des cartes SIM.
Identités synthétiques ou l’art de fabriquer un profil de toutes pièces
Pour créer une identité synthétique, un criminel peut associer, par exemple, un véritable numéro d’identification volé à un faux nom, une adresse fictive, une photo générée par IA et une nouvelle adresse électronique.
Le fraudeur construit ensuite progressivement une présence numérique cohérente autour de ce profil. Il peut créer des comptes sur les réseaux sociaux, simuler une activité régulière, effectuer de petites transactions ou conserver un comportement apparemment normal pendant plusieurs semaines. L’objectif est de donner au profil une apparence suffisamment crédible pour tromper les systèmes de vérification qu’utilisent les banques, les opérateurs télécoms ou les plateformes numériques.
L’intelligence artificielle facilite fortement ce travail. Elle permet, non seulement de générer des visages réalistes, des documents falsifiés ou encore des signatures. Mais aussi, elle aide à générer des conversations voire des vidéos capables d’imiter une personne réelle. TransUnion, une agence américaine de gestion du risque et d’évaluation du crédit, explique que ces identités sont conçues pour reproduire les comportements de clients ordinaires et contourner les contrôles traditionnels. Elles peuvent rester discrètes pendant une longue période avant d’être utilisées pour contracter plusieurs crédits ou effectuer des transactions frauduleuses.
Une menace directe pour le secteur financier et le services mobiles
La fraude à l’identité synthétique connaît une progression rapide. Toujours selon TransUnion, elle a été le type de fraude numérique ayant le plus progressé à l’échelle mondiale entre le second semestre 2023 et le premier semestre 2024. L’organisation cite d’ailleurs une hausse vertigineuse de 153 %. Aux États-Unis, les établissements financiers étaient exposés à plus de 3,2 milliards de dollars de risques associés à ces faux profils sur l’année 2024. Même si ce chiffre ne concerne pas directement l’Afrique, il illustre l’ampleur que ce phénomène peut atteindre lorsque les services financiers numériques se développent rapidement.
Sur le continent, les secteurs du mobile money, du crédit instantané et de l’enregistrement des cartes SIM courent le risque le plus important. En effet, ces services reposent souvent sur des procédures d’identification à distance, que les criminels parviennent à contourner grâce aux outils d’IA. INTERPOL souligne pour sa part que le manque de partage d’informations en temps réel entre les banques, les opérateurs de téléphonie et les forces de l’ordre crée un angle mort idéal pour les fraudeurs.
Pour limiter ces risques, les institutions devront combiner plusieurs méthodes : vérification des documents, analyse du comportement, contrôle des appareils utilisés et croisement des données entre différents secteurs. Aucune vérification biométrique ne suffit plus, à elle seule, à garantir qu’une identité est réelle.
Pour les utilisateurs, cette nouvelle forme de fraude rappelle surtout l’importance de protéger ses données personnelles. Une simple copie de pièce d’identité, un numéro de téléphone ou une photo publiée en ligne peuvent devenir les premières briques d’une identité synthétique. À l’ère de l’IA, le vol d’identité ne consiste plus seulement à se faire passer pour une personne réelle mais à fabriquer de toutes pièces quelqu’un qui n’a jamais existé.
