
Le Nigeria change de vitesse dans sa stratégie d’intelligence artificielle. Fin juin 2026, le pays a officiellement lancé le Nigeria AI Scaling Hub (NAISH) à Abuja. Objectif : accélérer le déploiement à grande échelle de solutions IA déjà éprouvées dans des secteurs clés.
Contrairement aux incubateurs classiques, le NAISH ne vise pas à faire émerger de nouvelles idées. Il cherche plutôt à identifier des technologies déjà matures et à faciliter leur adoption par les administrations publiques.
Dans le même temps, le gouvernement a lancé le Scaling AI for Development (SAID) Challenge. Il s’agit d’un appel à candidatures visant à identifier les solutions d’IA matures développées par des innovateurs nigérians et les mettre en relation avec le secteur public. Il cible quatre domaines prioritaires : la santé, l’éducation, l’agriculture et les services publics.
Toutefois, l’un des principaux freins à l’essor de l’IA en Afrique reste la puissance de calcul. Pour y répondre, les projets sélectionnés bénéficieront d’un accès gratuit à une infrastructure nationale hébergée par Galaxy Backbone. Cette entreprise publique nigériane fournira l’infrastructure numérique nécessaire, évitant ainsi de dépendre exclusivement de fournisseurs de cloud étrangers.
Pour le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, le défi n’est plus de produire des prototypes, mais de transformer les innovations en services réellement utilisés par les citoyens.
Le modèle du NAISH : entre partenariat et ambition
La Gates Foundation partage cette vision. Elle finance le projet à hauteur de 7,5 millions de dollars sur trois ans. Pour Uche Amaonwu, Directeur pays au Nigeria, le succès passera par une collaboration étroite entre pouvoirs publics, universités, entreprises et régulateurs, à l’image de ce qui a permis l’essor du secteur fintech dans le pays.
Le projet n’est pas récent. Le gouvernement nigérian et la fondation Gates ont signé un protocole d’accord en juin 2025. Un an plus tard, la phase opérationnelle démarre. Et Lagos Business School (Pan-Atlantic University), qui assurera la coordination du hub sous la direction de la professeure Olayinka David-West.
Sur le papier, le Nigeria change de logique. Le pays ne se contente plus d’annoncer une stratégie IA. Il construit l’infrastructure et les partenariats nécessaires pour transformer les projets pilotes en services opérationnels.
Cette initiative pourrait servir de modèle aux autres pays africains. Elle montre que l’avenir de l’IA sur le continent ne dépend pas du nombre de prototypes, mais plus de notre capacité à les intégrer durablement dans les services publics et l’économie. La vraie mesure du succès se jouera dans trois ans, quand il faudra vérifier si des hôpitaux et des écoles nigérians utilisent effectivement ces solutions. Ou si le hub aura, lui aussi, fini au stade de projet pilote.