Les médias n’ont pas vraiment les Aperçus IA (AI Overviews), de Google lancés fin juillet dernier, en odeur de sainteté. En France, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) est passée à l’assaut. L’organisation interprofessionnelle a saisi l’Autorité de la concurrence pour contester l’utilisation des contenus journalistiques dans les Aperçus IA, apprend-on.
La préoccupation des médias est avant tout économique. Avec les Aperçus IA, Google peut désormais synthétiser directement des informations provenant de plusieurs sites. Ils permettent ainsi à l’internaute d’obtenir sa réponse sans consulter les pages qui ont servi à la produire. Pour les éditeurs français, Google bénéficie ainsi de leurs contenus tout en risquant de réduire le trafic dont dépend une partie de leurs revenus.
Dans un communiqué signé par son président, Marc Feuillée, l’APIG explique vouloir obtenir un partage de la valeur des informations exploitées par Google pour produire ses résumés IA. L’organisation souhaite notamment obtenir une décision comparable aux mesures récemment imposées à Meta concernant la négociation de la rémunération des contenus de presse.
Au-delà des médias français, une menace globale pour les médias…
L’inquiétude de la réduction de trafic sur les médias n’est pas seulement théorique. Selon des estimations de l’Arcom citées par Reuters, les résumés IA pourraient entraîner des baisses de trafic de 33 à 38 % vers les sites des éditeurs dans certains marchés européens. Une étude universitaire publiée en 2026 a également estimé une diminution d’environ 15 % du trafic vers les pages anglophones de Wikipédia exposées aux AI Overviews.
Une autre étude publiée sur la plateforme scientifique ArXiv s’est intéressée au comportement des internautes américains vis à vis des liens cités des AI Overviews. Selon ses auteurs, ces liens ne recueillent qu’environ 1 % de clics lorsque ces résumés apparaissent.
La question qui se pose est donc : comment financer la production d’informations si les plateformes peuvent en restituer l’essentiel sans envoyer le lecteur vers le média qui les produit ? Le débat dépasse donc largement la France. Il concerne d’ailleurs directement les médias numériques africains. En effet, beaucoup de ces médias ont déjà des modèles économiques fragiles et restent fortement dépendants de l’audience générée par les plateformes numériques.
Les réponses IA peuvent faciliter l’accès à l’information et permettre aux internautes de gagner du temps. Mais pour les médias, leur généralisation pourrait imposer une nouvelle adaptation. Après avoir appris à produire des contenus pour les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, ils doivent désormais trouver leur place dans un Internet où la recherche elle-même peut fournir la réponse sans générer de clic.
