Plus de 46 millions d’Éthiopiens sont désormais enregistrés dans Fayda, le système d’identité numérique national. Lancé en 2021, le programme table sur un objectif de 90 millions d’inscrits d’ici 2027-2028. Mais aujourd’hui, le système dépasse la simple preuve d’identité. Il devient la clé d’accès, parfois obligatoire, à plusieurs services publics et privés.
Fayda repose sur un numéro unique à 12 chiffres (FIN), associé aux données démographiques et biométriques du détenteur. Concrètement, un client qui souhaite ouvrir un compte dans une banque éthiopienne peut désormais présenter son numéro Fayda plutôt que des documents papier. Le dispositif s’étend aussi aux passeports. Désormais, la délivrance d’un passeport repose sur les données biométriques du programme national d’identité (NIDP). A l’école, Fayda devient également obligatoire pour l’inscription dès la première année.
Le système Fayda Connect permet par ailleurs aux entreprises et institutions de vérifier à distance l’identité d’une personne, avec son consentement, sans avoir à développer leur propre système d’identification. Plus de 130 agences publiques et privées sont déjà connectées au dispositif, qui a traité plus de 160 millions de requêtes d’authentification. Le gouvernement a même transformé le programme en une entité commerciale dénommée Faydaverse, attachée au fonds souverain Ethiopian Investment Holding. L’ambition est notamment d’exporter cette technologie vers d’autres pays africains.
Cette approche s’inscrit dans la stratégie Digital Ethiopia 2030. Elle prévoit notamment de connecter Fayda aux paiements numériques, à une plateforme nationale d’échange de données et au système d’adressage.
Fayda, un modèle en plein essor en Afrique de l’Ouest
L’Éthiopie n’est pas un cas isolé. Au Togo, l’Agence nationale d’identification (ANID) déploie depuis 2020 le Numéro d’Identification Unique (NIU). Ce déploiement s’inscrit dans le cadre du programme régional WURI soutenu par la Banque mondiale. Le Togo a bénéficié d’un financezment initial de 72 millions de dollars. Et une enveloppe supplémentaire de 20 millions de dollars a été approuvée en juin 2026 pour une deuxième phase couvrant le Togo et le Bénin.
Plus de 6 millions de Togolais étaient déjà détenteurs du NIU en fin 2025, sur une population totale d’environ 8,7 millions d’habitants. L’objectif étant d’atteindre 8 millions de personnes enregistrées d’ici fin 2026. Une campagne d’enrôlement se poursuit actuellement dans la région Centrale, jusqu’au 7 septembre.
Comme envisagé en Ethiopie, le NIU doit faciliter l’accès à la santé, l’éducation, la protection sociale et aux services financiers. L’ANID propose également un service de vérification numérique d’identité pour les organismes publics et privés. Le titulaire peut même consulter l’historique des authentifications effectuées avec ses données.
Le précédent le plus souvent cité reste Aadhaar, le système d’identification biométrique de l’Inde qui compte plus d’un milliard d’inscrits. Son déploiement a démontré qu’un identifiant biométrique unique pouvait à la fois démultiplier l’accès aux services. Mais, il illustre également les risques liés à la concentration des données et au contrôle des accès. Ces derniers peuvent devenir un point de vulnérabilité unique en cas de fuite de données ou de défaillance.
C’est précisément l’enjeu qui se dessine désormais en Éthiopie comme au Togo : plus une même identité numérique permet d’accéder à des services variés, plus sa sécurisation devient critique. La protection des données biométriques, le consentement effectif des usagers et le contrôle des accès aux bases de données centralisées ne sont plus des questions annexes à la numérisation : ils en sont désormais une condition.















































