Accueil Divers Emploi : l’IA commence à peser sur les postes destinés aux débutants

Emploi : l’IA commence à peser sur les postes destinés aux débutants

Emploi l'IA commence à peser sur les postes destinés aux débutants
Illustration / Source : Magnific

L’intelligence artificielle ne provoque pas encore de vague massive de chômage. Mais ses premiers effets deviennent visibles dans certains métiers, en particulier ceux occupés par les débutants. Goldman Sachs, dans une étude publiée le 19 août, constate un ralentissement de l’emploi dans les secteurs les plus exposés à l’automatisation par l’IA.

Les économistes de Goldman Sachs ont étudié plus de 800 métiers dans plusieurs économies développées. Depuis le second semestre 2022, les offres d’emploi progressent moins vite dans les activités fortement exposées à l’IA. Les États-Unis, l’Allemagne et l’Australie illustrent mieux la hausse de cette tendance. Les centres d’appels offrent l’exemple le plus frappant. Leur niveau d’emploi se situe désormais à 39 % sous sa tendance historique aux États-Unis, 33 % au Canada et 27 % en Allemagne. L’édition de logiciels, le conseil en gestion, la publicité et le marketing montrent également des signes de ralentissement.

L’emploi des débutants, premiers concernés

L’effet n’est pas réparti de la même manière entre les travailleurs. Les chercheurs associent chaque hausse de 10 % de l’exposition d’un métier à l’IA à un frein de plus de 0,6 point sur la croissance annuelle des emplois débutants en Australie, contre 0,2 point aux États-Unis. Cet écart est nettement supérieur à celui observé sur l’ensemble du marché du travail, où le même choc ne pèse que d’environ 0,1 point.

Joseph Briggs, qui codirige l’équipe d’économie mondiale de Goldman Sachs Research, résume la tendance de fond dans une note publiée par la banque. Selon lui, les postes de début de carrière concentrent justement les tâches que l’IA générative sait aujourd’hui accomplir. Il s’agit notamment des tâches comme la recherche élémentaire, la synthèse ou encore le premier niveau de service client. Il tempère toutefois tout scénario de disparition brutale du travail. Sur l’ensemble de la décennie à venir, Goldman Sachs anticipe que l’IA déplacera entre 6 et 7 % des emplois, une fois son adoption pleinement installée. Selon la banque, l’adoption de l’IA atteint aujourd’hui environ 15 à 20 % dans les principales économies développées.

Le constat rejoint des observations similaires de la Banque d’Angleterre. Selon ses correspondants auprès des entreprises britanniques, les intentions d’embauche stagnent, en partie à cause de l’automatisation.

Une équation différente en Afrique

Le continent africain affronte cette même dynamique dans un contexte radicalement différent. Selon la Banque mondiale, l’automatisation liée à l’IA générative menace environ 4,5 % des emplois existants dans les économies en développement. Alors que dans les pays riches, la menace est de 14,2 %. Un risque de substitution moindre, mais qui s’ajoute à une pression démographique sans équivalent ailleurs. Chaque année, environ 12 millions de jeunes Africains entrent sur le marché du travail. Alors que selon les projections de la Brookings Institution, seuls 3 millions d’emplois formels y sont créés.

Pour ces jeunes, l’enjeu n’est pas la disparition d’emplois déjà occupés. Il se situe plutôt dans la réduction du nombre de postes d’entrée qui, ailleurs, servaient de première marche vers l’expérience et la qualification. Les mêmes tâches élémentaires que l’IA générative commence à automatiser dans les économies développées sont aussi celles sur lesquelles s’appuyaient traditionnellement les premiers emplois formels du continent. La question préoccupe également les institutions africaines. Dans une analyse publiée en mai, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) pose clairement le dilemme. L’IA deviendra-t-elle un moteur de création d’emplois inclusifs ou une nouvelle force de perturbation du marché du travail ?

D’ailleurs, les auteurs de l’étude originelle ne prétendent pas eux-mêmes trancher cette incertitude. Briggs et Dong soulignent en ce sens : « Tant que le cycle d’adoption de l’IA n’aura pas atteint son terme, la perturbation potentielle du marché du travail – notamment la question de savoir quels emplois seront probablement remplacés par l’IA générative – restera une question ouverte ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici