La Publicité arrive bientôt dans l’IA ChatGPT. Et avec elle, l’intelligence artificielle conversationnelle entre dans une nouvelle phase. Puisqu’en ouvrant ChatGPT à la publicité, OpenAI modifie profondément l’équilibre économique et politique de son outil. L’entreprise assure que les annonces seront séparées des réponses du chatbot. Elle affirme également que les conversations ne seront pas vendues et que certaines catégories sensibles, comme la santé ou la politique, seront exclues. Toutefois, au-delà de ces garanties, une question demeure : un modèle publicitaire peut-il coexister avec une IA réellement neutre ?
Les plateformes d’IA générative coûtent extrêmement cher. L’entraînement des modèles, l’exploitation de centres de données, l’acquisition de puces spécialisées et la maintenance continue représentent des investissements se chiffrant en dizaines de milliards de dollars. Malgré une forte croissance du nombre d’utilisateurs, la rentabilité reste fragile.
Pour des acteurs comme OpenAI, la publicité apparaît dès lors comme une source de revenus logique, déjà éprouvée par les géants du numérique. Nous connaissons tous le précédent. Les réseaux sociaux ont d’abord misé sur la croissance avant de faire de la publicité ciblée leur moteur financier principal. La question devient alors moins technique que structurelle, car lorsque la publicité finance un service, celle-ci finit par influencer ses priorités.
Chatbots, réseaux sociaux et neutralité des algorithmes
Entre un chatbot et un réseau social, la différence est fondamentale. Le réseau social constitue un espace public où les interactions sont visibles et multiples. À l’inverse, un chatbot fonctionne comme un espace conversationnel privé. Les utilisateurs sollicitent ChatGPT pour rédiger, apprendre, réfléchir, demander conseil ou chercher un soutien. La relation devient ainsi plus intime, plus directe et potentiellement plus influente.
Même si OpenAI assure qu’elle séparera formellement les annonces des réponses, elles apparaissent dans un contexte de confiance. Or la confiance renforce le pouvoir de persuasion. Un message commercial affiché au moment précis où une décision se prépare peut avoir un impact supérieur à celui d’une publicité aperçue au hasard d’une navigation classique.
La neutralité d’une IA repose sur plusieurs paramètres, notamment la qualité des données d’entraînement, le paramétrage des modèles, les politiques de modération et l’absence de conflits d’intérêts. Lorsque les revenus dépendent de la publicité, un facteur supplémentaire entre en jeu : l’optimisation de l’engagement et de la monétisation. L’histoire récente du numérique montre que l’autorégulation atteint rapidement ses limites lorsque la pression économique s’intensifie.
Le scandale Cambridge Analytica a illustré comment des données initialement collectées à des fins commerciales peuvent influencer des processus démocratiques. Les révélations des Facebook Files ont également mis en lumière les tensions persistantes entre impératifs financiers et intérêt général. Rien n’indique que l’IA suivra exactement le même chemin, mais le risque structurel existe.

Publicité dans ChatGPT : quels impacts sur la neutralité de l’IA et le modèle économique d’OpenAI ?
Le débat ne concerne pas uniquement les États-Unis ou l’Europe. En Afrique, l’usage de l’IA conversationnelle progresse dans des domaines variés comme l’éducation, l’entrepreneuriat, la rédaction administrative. Elle intervient même dans l’assistance juridique informelle ou la recherche d’informations médicales de base. Dans des contextes où les services publics numériques restent en construction, ces outils deviennent progressivement des relais d’information majeurs.
Si le modèle économique de ces systèmes repose sur la publicité, plusieurs interrogations s’imposent. Qui définira les limites des contenus autorisés ? Quelles catégories seront jugées sensibles ? Les régulateurs africains disposeront-ils d’un pouvoir réel face à des plateformes internationales ? Les utilisateurs seront-ils protégés contre des publicités potentiellement nuisibles ? Derrière ces questions apparaît un enjeu plus large de souveraineté numérique.
Certains experts défendent l’idée d’une IA conçue comme infrastructure publique numérique, où l’intérêt général primerait sur la maximisation des revenus publicitaires. Des initiatives émergent déjà. C’est le cas à l’université ETH Zurich, avec le développement du modèle open source Apertus, conçu sans logique publicitaire. Pour les États africains, l’enjeu pourrait être double. D’un, mettre en place des cadres réglementaires clairs et d’autre, investir dans des alternatives locales ou régionales. La régulation ne devrait pas intervenir après l’apparition des effets indésirables, mais en amont.
OpenAI présente ChatGPT comme un assistant universel capable d’accompagner ses utilisateurs dans leurs décisions personnelles, professionnelles ou éducatives. Toutefois, lorsque la publicité entre dans l’équation, la frontière entre conseil et incitation devient plus fine. Le débat dépasse alors la technique pour toucher à la gouvernance même de l’intelligence artificielle. L’IA doit-elle servir prioritairement ses utilisateurs ou répondre aux attentes de ses investisseurs ?
L’introduction de la publicité dans ChatGPT ouvre un nouveau cycle. La manière dont les acteurs impliqués encadreront ce tournant déterminera si l’IA demeure un outil d’émancipation ou si elle devient un canal d’influence économique supplémentaire.













































