Les identités numériques deviennent une cible privilégiée des cybercriminels en Afrique. Dans son Africa Cybersecurity Threat Outlook 2026, le groupe international d’audit et de conseil, Ernst & Young (EY), constate une hausse des compromissions d’identifiants et d’accès. Ces types d’attaques prennent progressivement le pas sur certaines méthodes d’intrusion reposant sur des logiciels malveillants.
Selon le cabinet, les attaques les plus dommageables commencent désormais fréquemment par la compromission d’une identité. Il s’agit notamment des vols d’identifiants, des détournements de sessions ou encore d’utilisations abusives de droits d’accès. Ces méthodes permettent notamment aux attaquants de pénétrer dans des environnements numériques en se faisant passer pour des utilisateurs légitimes. Cette évolution intervient alors que les économies africaines multiplient les services reposant sur l’identité et les accès numériques.
Une transformation numérique qui élargit les risques
Les paiements numériques, le Mobile Money, les services bancaires mobiles, les plateformes administratives ou encore les services dans le cloud progressent sur le continent. Cette transformation augmente mécaniquement le nombre de comptes, d’identifiants et de systèmes interconnectés à sécuriser.
Mais le plus préoccupant, selon EY, est l’exposition du secteur financier. L’expansion des applications bancaires, des paiements numériques et des interfaces de programmation (API) accroît les conséquences potentielles d’une compromission. Cette préoccupation concerne également les télécommunications, puisqu’elles constituent une infrastructure essentielle au fonctionnement des services financiers mobiles, des communications et de certains services publics numériques.
Le phénomène concerne aussi l’Afrique de l’Ouest. Une étude publiée en 2024 et portant sur 59 applications bancaires des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avait identifié plusieurs problèmes de sécurité liés au développement des applications. Les chercheurs avaient également constaté que certaines faiblesses persistaient malgré les mises à jour.
L’identité numérique, désormais une infrastructure à protéger
Cette évolution intervient également dans un contexte où l’intelligence artificielle transforme la cybersécurité. EY estime que cette technologie accélère à la fois les capacités offensives et défensives. Elle peut d’un côté, faciliter l’automatisation et la sophistication de certaines attaques. Mais, de l’autre bord, les organisations peuvent également l’utiliser pour améliorer la détection et la réponse aux incidents.
Ce constat d’Ernst & Young fait écho à l’essor sur le continent des identités synthétiques, qui combinent des informations réelles et fictives pour créer de faux profils difficiles à détecter. INTERPOL, dans son rapport 2026 sur la cybersécurité en Afrique tirait déjà la sonnette d’alarme sur ce sujet. L’organisation alertait notamment sur le développement des fraudes à l’identité, dont les identités synthétiques. Mais le risque va désormais au-delà de la création de fausses identités. Les comptes et accès appartenant à de véritables utilisateurs constituent eux-mêmes des portes d’entrée que recherchent les pirates.
Pour EY, l’identité est ainsi devenue une infrastructure critique. Ce changement oblige donc les organisations africaines à ne plus considérer la cybersécurité comme une simple question informatique.
Consulter le rapport Africa Cybersecurity Threat Outlook 2026 d’EY















































