L’Université de Lomé a accueilli le 24 avril 2026, l’arrivée de Campus 42. Une école de programmation et d’intelligence artificielle sans professeurs, sans cours magistraux et sans condition de diplôme. Au-delà des discours, il s’agit d’un modèle de formation innovant qui a déjà transformé des milliers de destins à travers le monde. Mais comment ça se passe ?
Imaginez un jeune de 22 ans à Lomé. Pas de Baccalauréat en poche. Pas les moyens de payer une école privée. Mais une grande curiosité pour les ordinateurs, les applications et les systèmes informatiques. Hier, ses options étaient limitées. Mais désormais, Campus 42 pourrait être sa porte d’entrée vers les métiers les plus recherchés du monde numérique. Et c’est exactement la promesse de ce projet.
A quoi s’attendre concrètement dans une formation à 42 ?
Tout commence en 2013, à Paris. Xavier Niel, l’entrepreneur fondateur de l’opérateur de télécoms français, Free, décide de révolutionner l’enseignement informatique qui ressemble selon lui à un cours de mathématiques des années 1970. Comme solution, il crée une école atypique, baptisée 42 et basée sur l’autoformation. Pas de professeurs, de frais d’inscription ni de prérequis académiques. À la place : des projets concrets à résoudre, une émulation entre pairs, et une logique inspirée des jeux vidéo où chaque niveau franchi ouvre la porte au suivant. Le tout dans un campus ouvert 24h/24, 7j/7.
En un peu plus d’une décennie, ce modèle a conquis le monde. Aujourd’hui, le réseau 42 compte 57 campus dans 32 pays, sur les cinq continents. Avec plus de 21 000 étudiants actifs. Des campus existent déjà en Asie, en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, notamment au Maroc et à Madagascar. Partout, le constat est le même : le taux d’insertion professionnelle après la formation avoisine les 100 %. Un chiffre qui en dit long, puisque le secteur numérique mondial est en perpétuelle pénurie de talents.
Le concept repose sur ce qu’on appelle en anglais, le « peer-to-peer learning », soit l’apprentissage entre pairs. Concrètement, les étudiants avancent à leur propre rythme, s’entraident, se corrigent mutuellement et s’évaluent les uns les autres. Il n’y a pas de professeur pour dicter le cours. Mais, une équipe pédagogique prépare les sujets et les projets.
Pour intégrer la formation, les candidats passent d’abord une « Piscine ». Il s’agit d’une épreuve intensive de quatre semaines durant lesquelles ils plongent dans le code, testent leur capacité à apprendre, à persévérer, à collaborer. En fin de compte, la motivation, la logique et la ténacité sont les ingrédients de base pour réussir dans le système de formation 42. «Il n’y a pas de profs, rien, tu es juste seule face à ton ordinateur, des dossiers et (…) un tutoriel.», expliquait Emilienne, une étudiante qui venait de valider son concours «Piscine du 42» en France, au média numérique Konbini. Grâce à ce système, le Campus 42 accueille tous types de profils : du bachelier brillant au néophyte déterminé.
« 42 met l’accent sur les projets et le travail de groupe plutôt que sur l’enseignement théorique. Avec 42, l’informatique ne s’apprend pas dans un amphi : les enseignements sont pratiques et reposent sur des principes de partage, de collaboration et d’entraide. », explique 42 sur son site internet.
Un programme uniquement pour les jeunes déterminés à apprendre
Pour le jeune Togolais, Campus 42 représente une opportunité concrète et inédite. Pas besoin d’avoir un parcours académique sans faute pour se faire former. Pas besoin de payer des frais de scolarité prohibitifs. Le seul sésame, c’est la volonté d’apprendre. Le programme cible aussi explicitement les profils souvent mis de côté par les systèmes classiques. Notamment les femmes, encore sous-représentées dans les métiers du numérique. Avec Campus 42 Lomé, ni le parcours académique, ni la condition de genre ou de diplôme ne détermine votre talent. Il se teste en condition réelle.
Par ailleurs, l’enjeu dépasse la seule formation individuelle. Puisque les étudiants s’entraident entre eux et apprennent les uns aux autres dans un cadre ouvert. « En gros, il n’y a pas de cours. c’est juste du peer-learning, où les plus forts apprennent aux plus faibles. », précisait Emilienne, citée plus haut. Pour les étudiants, le modèle qui mise sur la détermination, l’ouverture aux autres et la capacité à collaborer sur des projets concrets.
D’après les précisions de 42, la formation couvre une «durée indicative totale de 3 à 5 ans, (NDLR : équivalent à un niveau Master) en fonction des objectifs et de l’avancement personnel.» Le « cursus de base (tronc commun) permet d’obtenir un « certificat 42 » qui atteste des compétences acquises, reconnu par les entreprises du numérique.», précise-t-il.
A noter que l’intégration du Campus 42 implique plusieurs particularités. D’une part, le rythme de la formation est très soutenu avec plus de 50 heures par semaine. Ce qui la rend incompatible avec un emploi à temps partiel. Ensuite, l’absence totale de professeurs impose un apprentissage basé uniquement sur l’autoformation et la pédagogie par les pairs. Aussi, le processus de sélection, la « Piscine », est perçu par certains comme une expérience de pression traumatisante, bien qu’elle soit centrale dans le recrutement. Et enfin, l’autonomie et la discipline sont totales, puisque l’étudiant devra constamment chercher l’information par lui-même.
Avec ce système d’autoformation, le Togo envisage créer chaque année des profils rigoureux, pointus et directement opérationnels en programmation et en intelligence artificielle. Il espère ainsi combler un déficit de compétences numériques qui freine encore trop souvent la croissance de ses entreprises locales.
Campus 42 : une continuité de la vision numérique Togolaise
Le Togo qui accueille le premier Campus 42 d’Afrique de l’Ouest. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs années, le pays construit les fondations de son écosystème numérique : infrastructures, politique digitale, projets d’innovation. En janvier 2018, sous l’impulsion de Cina Lawson, ministre de l’Économie numérique, le Togo lançait officiellement le WiFi Campus à l’Université de Lomé. 121 bâtiments connectés, 525 modems et 75 hotspots déployés par Huawei, pour offrir au moins 1 Gb/s par bâtiment. Au total, ce sont 72 000 étudiants, professeurs, médecins et personnels administratifs des campus de Lomé et de Kara qui se sont retrouvés connectés à internet haut débit gratuitement. Jusqu’à 100 heures par mois, sans que le coût soit répercuté sur les frais d’inscription.
En parallèle, le déploiement du e-gouvernement venait moderniser les échanges entre services de l’État, fluidifier les processus administratifs et ancrer la culture du numérique dans le fonctionnement quotidien des institutions. Deux initiatives qui, prises ensemble montrent que Campus 42 s’installe à l’Université de Lomé en 2026 en s’appuyant sur une infrastructure déjà en place. Il vient compléter d’autres initiatives déjà en marche. Après avoir posé les bases matérielles, le Togo se concentre désormais sur les ressources humaines qui animeront cet écosystème.
Cina Lawson, ministre chargée de l’économie numérique, l’a souligné lors du lancement : « Investir dans la formation à l’intelligence artificielle de nos talents est l’un des choix les plus structurants pour l’avenir de notre pays. » Une conviction que la ministre porte depuis longtemps, et qui se traduit ici en acte concret. Pour elle, aucune stratégie en intelligence artificielle ne peut réussir sans talents formés localement. Campus 42 Lomé, c’est d’abord cette réponse : former des centaines de jeunes Togolais chaque année aux compétences les plus recherchées comme la programmation, la data et l’IA dans un cadre accessible, pratique, et gratuit.
Et justement, le projet bénéficie d’un alignement des partenaires dédiés. Le groupe Axian, à travers sa filiale Yas Togo, apporte une part de l’engagement financier et opérationnel. Le réseau 42 apporte son label, sa méthode et son expérience internationale. Et la France, représentée par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, présent à Lomé pour l’occasion, a apporté son soutien diplomatique et symbolique. « La France est fière d’accompagner le Togo dans cette initiative ambitieuse», a déclaré le diplomate français.
Reste une question que l’enthousiasme du lancement ne doit pas faire oublier : celle de l’insertion professionnelle. Si le marché local ne crée pas suffisamment d’opportunités pour absorber ces nouveaux talents, le risque est de voir des compétences précieuses partir vers d’autres horizons. C’est une question de politique économique autant que de politique numérique. Campus 42 Lomé pose déjà la première pierre. Le reste : les emplois, les marchés, les entreprises qui recruteront ces profils appartient à une ambition collective encore en construction.













































