La série nigériane, « To Kill a Monkey », est sortie en juillet 2025 sur Netflix. Elle met en scène un thriller glaçant où des escrocs manipulent l’intelligence artificielle pour duper leurs victimes. Aidés par l’IA, les protagonistes exploitent les failles des technologies émergentes pour escroquer, manipuler et détruire des vies et amasser beaucoup d’argent. Ce qui aurait pu passer pour de la pure science-fiction il y a encore dix ans ressemble aujourd’hui à une réalité très plausible.
«Dans ce business, tout est question de confiance», affirme d’ailleurs Obozz, chef du vaste réseau de cybercriminels : “The Monkeys”. Et en parlant de confiance numérique, une vidéo peut être truquée, une voix clonée. Mais plus troublant encore, les technologies mentionnées à l’écran existent déjà pour la plupart et font des victimes.
En effet, ces dernières années, les cas d’escroqueries basées sur l’IA se multiplient. Imitations vocales pour extorquer de l’argent à des familles ou des entreprises, vidéos truquées pour manipuler l’opinion. Ou encore des chatbots programmés pour soutirer des informations sensibles. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais entre de mauvaises mains, elle devient un outil redoutable pour les cybercriminels.
De Hushpuppi à « To Kill a Monkey » : le Nigeria au coeur du cybercrime
« To Kill a Monkey » prend une résonance particulière si l’on ajoute à l’équation des figures réelles de cyberfraude. C’est le cas de Ramon Abbas alias «Hushpuppi». Cet influent nigérian a été condamné en justice aux États-Unis pour blanchiment d’argent lié à des escroqueries en ligne. D’après la BBC, il a été décrit comme l’un des « money launderers » les plus médiatisés au monde. Il comptait environ 2,5 millions de followers Instagram jusqu’à son arrestation en juin 2020 à Dubaï.
Plus largement, le Nigéria est un terreau fertile pour la cybercriminalité. Des jeunes, souvent surnommés « Yahoo boys » perfectionnent les arnaques de toutes sortes. Il s’agit entre autres des escroqueries 419, des BEC (Business Email Compromise), des romances frauduleuses et de la sextorsion. Selon The Guardian, leurs techniques sophistiquées touchent un large éventail de victimes en Occident. Même des mineurs se forment dans des « hubs de fraude » dès l’adolescence. Le chômage des jeunes et la quête d’une richesse ostentatoire amplifie la croissance explosive de ces pratiques.
Une réglementation mondiale qui traîne le pas
Face à ce phénomène, les régulations peinent à suivre. Quelques avancées sont en cours, notamment du côté de l’Union européenne avec l’AI Act. En Afrique, des initiatives pointent, mais le terrain demeure en friche. Et ce sont les citoyens, souvent mal informés, qui sont les premières cibles de ces nouvelles formes de fraude.
« To Kill a Monkey » joue ainsi un double rôle : celui d’un divertissement, mais aussi d’un signal d’alerte culturel. Car la fiction a le pouvoir de rendre tangibles des menaces invisibles. Elle nous pousse enfin à interroger notre rapport à la technologie, à la vérité, à la confiance. Et tant que cette réflexion ne sera pas collective, les « monkeys » numériques auront encore de beaux jours devant eux
















































